/*
 * https ; gemini ;
 * tout ; log ; twtxt ;
 * à propos ; ;
 */

Enseigner avec un virus

Hier, nous avons eu une réunion virtuelle pour aborder le protocole de réouverture des classes, ses modalités, les consignes et les difficultés qu'elles impliquent. Voilà 24h que mon humeur oscille entre perplexité, colère, découragement et solitude. Les mots qui vont suivre permettront peut-être d'apaiser cette dernière.

Le problème en tant qu'être humain me paraît très simple. Il suffit d'avoir suivi quelques cours au lycée pour savoir qu'un virus a besoin d'une cellule (nous) pour proliférer. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a bien voulu être confiné : ça permettait au virus de s'éteindre faute d'hôte nouveau. Maintenant que sa progression ralentit, on propose au virus de nouveaux hôtes en rassemblant en un même lieux des enfants venant de foyers éparpillés. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer?

Le problème en tant que professeur est plus épineux:

On me demande de veiller au bon respect des gestes sanitaires.

Je ne suis pas aide-soignant.

Je veux bien répéter des consignes lues et données par un tiers, mais ne me sens pas en posture légitime de le faire. À vrai dire, je doute d'être capable de réussir à appliquer toutes ces précautions moi-même.

Je suis enseignant, par conséquent responsable de mes élèves. Peut-être pas d'un point de vue pénal d'après certains. Des parents m'auront tout de même confiés leurs enfants.

On me demande de veiller au bien-être psychologique de mes élèves.

Je ne suis pas psychiatre.

Je ne suis même pas très sûr d'avoir l'esprit serein actuellement.

Je suis enseignant, je connais quelques méthodes permettant de transmettre des savoirs. J'ignore tout des procédures psychologiques.

On me dit qu'un retour en classe est important pour des élèves qui subissent des violences à la maison.

Je ne suis pas assistante sociale.

Culpabilité.

Je ne suis qu'un enseignant.

Mais suis-je responsable de cette situation, aussi triste soit-elle? Recevoir des élèves dans de telles conditions, sans contact physique, loin de tous, avec des masques, [...], n'est-ce pas aussi violent?

On me demande de "faire cours" sans aborder de nouvelles notions.

Il faut continuer à faire des révisions, et ne rien faire de plus que pour ceux qui sont restés à la maison.

Je suis enseignant.

Est-ce ça, enseigner?

Est-il utile d'en ajouter davantage?

Comme vous peut-être, j'ai dans mon entourage des personnes fragiles.

(Je vais le redire), je suis enseignant, mais aussi père, conjoint, et finalement qu'un être humain hôte potentiel.

Que faire?

Accepter malgré tout, et puis on verra après? Se débrouiller et rater? Rater dans de telles circonstances est-il permis?

Dans cette situation, le plus sage n'est-il pas de désobéir?

Je n'ai pas de réponses. Et vous?